Friday, November 24, 2006

Le jour du dindon

Hier en Amérique, tout était fermé. Mais alors tout, tout, tout, même les suspermarchés ouverts 24h/24, les dépanneurs du coin de la rue, et les cafés. Car c'était la fête - oh combien importante - de Thanksgiving, qui consiste en une célébration de la famille, de la bonne bouffe et du foot à la télé. Je ne vais pas vous raconter toute l'histoire de Thanksgiving, mais à l'origine, cette fête située à la fin de l'automne avait pour but de remercier le ciel (sans toutefois y attribuer une connotation religieuse) des bonnes récoltes de la saison écoulée, et en profiter pour festoyer. De nos jours, c'est une période de rassemblement familial autour d'un gros repas aux plats ultra-traditionnels. Du coup, tout le monde retourne chez ses parents ou sa famille (résultats: vols à prix exhorbitants, routes et aéroports ultra-congestionnés), et les mamans préparent plusieurs jours à l'avance leur repas qui se doit d'être parfait.

Moi, cette année, je me suis auto-désignée pour être la maman-chef de ma maisonnée internationnale parce que ce n'est jamais un problème d'avoir un jour férié à passer exclusivement dans la cuisine. Thanksgiving, c'est toujours comme ça que ça commence:

Un beau dindon de 6.5kg, déplumé et vidé par les soins du magasin, avec le cou et les bons boyaux proprement rangés à l'intérieur. Chuis une fille de la campagne moi, et j'ai une certaine expérience en vidage de dindon, mais je n'ai même pas eu besoin de pratiquer mes talents de charcutière. Je tiens à préciser que, ne mangeant pas de viande habituellement, j'ai tenu à choisir une bestiole free-range, sans antibiotique et autres produits bizarres, quitte à payer $1.49 par pound à Whole Foods au lieu de $0.59 chez mon marchand habituel. Non mais c'est qui qui commande dans cette cuisine.

J'enfile mon tablier, et on commence les festivités vers 11h30. Saupoudrage de mon bestiau d'une poudre d'épices (coriandre, cumin, poivre rose, paprika), puis préparation du bouillon de dindon.

Par chance, tous les magazines de cuisine du mois de novembre proposent leur recette de dindon rôti et tous les plats d'accompagnement traditionnels qui vont avec, ce qui donne une référence pour les novices en la matière. J'ai donc suivi les instructions de Bon Apétit (en français dans le texte) pour faire un bon bouillon de dinde maison, utilisant le cou et les morceaux trouvés dedans. J'avais ma fidèle assistante Noemi pour me couper les légumes mais pas les doigts:

Quelques heures plus tard, notre volaille a mariné sous sa poudre d'épices, et se retrouve remplie d'une farce aux champignons portobello et tomates séchées. Il avait fière allure je vous le dis.

Et à 3h tout rond: hop, au chaud!

Entre temps, on ne chôme pas, et on attaque de manière organisée les plats d'accompagnements:
- crème d'asperges et d'épinards en entrée
- purée de patates et patates douces
- sauce aux canneberges
- "gravy", c'est-à-dire jus de cuisson de la bête épaissi en sauce crémeuse
- gros plat de farce à dindon en rab, le "stuffing" (jusque là, que du traditionnel sauf la soupe)
- haricots verts et oignons sautés (assez classique aussi)
- betteraves au gingembre et teriyaki (pas vraiment traditionnel je dois dire, mais il faut bien de la couleur)
- omelettes espagnoles pour être sûr qu'il y aura beaucoup, beaucoup trop à manger
- et en dessert, tarte à la citrouille.
(je compte aussi sur les invités pour emmener des salades, tourtes aux légumes, pain maison, tartes et boissons)

Je précise que nous étions 12 à manger. Mais je rappelle que l'objectif c'est d'exploser à la fin du repas, et d'avoir plein de restes pour le lendemain.

Notre gazinière a tourné sans relâche tout l'après-midi, et nous avions juste assez de casseroles et plats pour gérer toutes ces recettes en même temps.

La sauce aux canneberges est un condiment ultra-classique. Pour ceux qui ne connaissent pas, ça ressemble un peu à une confiture de groseilles où on poche les fruits sans trop les écraser. Elle reste assez acidulée et se mange avec la dinde pour apporter une touche aigre-douce.

J'ai utilisé la recette d'Estelle, avec quelques feuilles de menthe pour le petit goût frais. Cela donnait un arôme très subtil, et on m'en a fait de francs compliments.

Après 3h de cuisson et d'arrosage de jus toutes les demie-heures, tadaaaaaa!!! Notre gallinacée à la peau dorée est prête à être découpée pour régaler nos invités!

C'est Obélix qui serait content d'attaquer un beau glouglou pareil.... C'est bon, je reçois mon certificat de bonne maîtresse de maison? Je suis bonne à marier?

Les chefs du jour sont ravies de leur performance de l'après-midi, et on passe à table vers 7h après une heure de discutaille avec les invités et réchauffage de tous nos plats qui ne peuvent pas être faits juste au moment de servir.

Autour de la table, 3 espagnols, 2 italiennes, une danoise, une allemande, un mexicain, un indien, 2 françaises et... un américain pour la vérification des traditions.

Après la soupe en entrée pour la mise en bouche, on attaque le gros morceau: chacun se sert d'un peu de tout dans son assiette (mais quand il y a autant de plats ça s'additionne vite en volume), et on lance l'assaut...

Quand on voit le fond de l'assiette, on est au bord de l'explosion (ça aussi c'est dans les traditions), mais il faut encore subir le dessert: tartes à la citrouille, aux noix de pécan et aux pommes. Accompagné de glace à la vanille pour les vaillants. Même que tout était super bon.

Puis, en général les américains passent aux salon (pendant que les américaines, remarquez la subtilité, débarrassent la table), mais nous avons choisi de jouer tous ensemble puisque de toute façon il n'y avait plus de foot à la télé à l'heure avancée de 9h30.

Parce que Thanksgiving, c'est aussi la veille d'un jour crucial pour la société américaine: Black Friday. C'est le jour le plus fou de l'année dans les magasins, encore une occasion pour dépenser les sous qu'on n'a pas, grâce au miracle des credit cards. Les grandes surfaces et malls ouvrent tous plus tôt les uns que les autres, et les gens vont vraiment attendre sur le parking du mall à 5h du mat' pour être sûr d'être les premiers à acheter leur DVD player en super promo, quitte à jouer des coudes voire carrément piétiner d'autres personnes en se bousculant vers le rayon électronique (véridique). Moi, je suis tranquillement retournée travailler. Pas de bain de foule cette année.

Monday, November 06, 2006

Tous les Acadiens, et toutes les Acadiennes....

.. ou bien "L'Amérique c'est magnifique", ou encore "L'Acadie comme c'est joli", je vous laisse choisir le titre qui vous plaît, moi en tout cas j'ai passé un merveilleux weekend dans le parc national d'Acadie dans l'état du Maine, pas loin de la Nouvelle Ecosse canadienne.

Je veux pas dire, mais les parcs nationaux américains ça vaut vraiment le détour. Surtout en un radieux weekend de Novembre quand il n'y a pas un chat à se les peler à faire de la rando. J'étais accompagnée de 5 personnes, dont 4 espagnols, 4 biologistes à Harvard et 4 filles (mais seulement 2 filles espagnoles biologistes, à vous de reconstituer l'équipe). C'est quand même à 5h de route de notre chère ville de résidence, donc pas le genre de truc qu'on ferait tous les weekends.

Bref samedi matin, lever quelque peu après l'aube (quelle idée, cher soleil, de se lever à 6h30 même les samedis...), et hop hop hop on est rendus sur les sentiers de rando à 9h30. Là, quel plaisir de mettre son bonnet, ses mitaines et son écharpe pour gambader dans la forêt et sur le bord de l'Atlantique!

Ce voyage était aussi l'occasion pour ma coloc Noemi de collecter des échantillons de mousses et de lichens pour analyser les petites bestioles qu'elle étudie, recenser les espèces nord-américaines et leur extraire l'ADN.

J'avais été nommée "Assistante de terrain" dans la demande d'autorisation auprès des autorités du parc, et je me suis appliquée à tenir les enveloppes pour récolter les échantillons de mousses, écrire l'endroit de prélèvement sur l'enveloppe, et surtout crier "moss to the right!" ou "lichen up front!" dès que je voyais un gros pâté desdits végétaux. On n'a récolté que 12 échantillons, car ça lui prend pas mal de temps de tout analyser au microscope par la suite. J'ai donc activement participé à des recherches scientifiques sur les tardigrades, faut que je pense à le marquer sur mon CV.

Les paysages étaient relativement variés, entre ce lac dans une forêt de conifères ("The Bowl"):

... une ravissante plage de sable fin ("Sand Beach", pas si commun dans cette région rocheuse) à l'eau turquoise (pas tout à fait les mers du sud je vous le concède) et aux nombreuses bestioles et coquillages:

... une forêt de bouleaux où les feuilles crissent agréablement sous la chaussure:

... ou encore un marécage où habitent sûrement des mooses quand les touristes sont partis:

Ce marécage a d'ailleurs été le sujet d'intenses discussions. A quoi trouvez-vous qu'il ressemble cet étang?

Plutôt à un c______ ou à un f______ r___?

On continue dans les bêtes sauvages, avec notre bande de minettes sur le bord de la falaise, en pleine discussion sur l'étang en question.

Il ne faisait pas chaud chaud, mais quand on s'active et que le soleil est franc, on enlève parfois le bonnet ou les mitaines.

Que ceux qui ont toujours rêvé d'île déserte se réjouissent, je vous en ai trouvée une!

Cette petite cocotte tient à saluer sa compatriote de l'arboretum, elle a une super vue d'ici:

Bref après une bonne rando le matin et un picnic au soleil, il est déjà 3h30, l'heure d'admirer les jolies couleurs du soleil couchant. On monte en voiture sur la plus haute colline du parc, le Mont Cadillac (nommée d'après un français d'ailleurs, qui a poursuivi son chemin vers Detroit et a créé la célèbre marque automobile par la suite). C'est d'ici qu'on peut être la première personne des Zétazunis à observer le lever du soleil, ou son coucher d'ailleurs. Au sommet, on domine de 460m (à quelque chose près) toute la baie et les nombreuses îles, mais doux Jésus qu'on se les pèle....

Petite photo de famille en haut avant de se précipiter vers la voiture pour se mettre à l'abri du vent:

On a ensuite observé le coucher du soleil un peu plus loin, dans un endroit légèrement moins sujet au vent des hauteurs, mais je me suis quand même bien gelé les mains pour pouvoir manipuler les petits boutons de mon appareil photo. J'ai bien essayé avec mes mouffles sibériennes en grosse laine fourrées de polaire, mais c'était pas évident évident.

Bon, je sais qu'il ne faisait que dans les 0ºC, et je ne sais pas comment je vais survivre l'hiver, mais on était tous d'accord pour dire que ça caillait dur (y compris l'américaine, hein, pas seulement les espagnols).

A 4h20 a pu soleil, et on se rapatrie vers la ville principale de l'île, Bar Harbor (pas bien grande d'ailleurs, dont une grosse moitié des commerce ferme hors-saison et un autre quart ferme avec le soleil à 5h, ce qui ne laisse que 25% des vitrines avec un tantinet de lumière quand on passe dans la ville à 17h00). Pour le dîner, on décide d'aller manger un bon gros homard chacun, c'est la région où ils sont pêchés après tout. Et puis figurez-vous que je n'avais jamais mangé de homard avant, c'est donc ma première expérience avec un crustacé de plus grande engervure qu'une langoustine.

Grâce au conseils avisés de mes compagnons biologistes (dont une ayant étudié une bestiole vivant dans la bouche des homards, et ayant par conséquent vu passer de nombreux homards pour ses recherches, dans le labo puis dans l'assiette), j'ai effectué ma dissection avec succès, sans trop m'en fouttre partout. Parce que bon ils nous fournissent un bavoir en plastique pour ne pas tâcher ses habits quand même, c'est que c'est du sérieux ce business... Bref j'ai dégusté ses pinces, sa queue, des petits bouts de sa tête, et plein de frites. La tradition locale c'est de tremper les bouts de homard dans le beurre fondu (vous voyez que mon homard serre une petite coupelle de liquide dans ses pinces), mais moi j'ai préféré le déguster nature pour mieux apprécier, avec à la rigueur quelques gouttes de citron parce que c'est bon le citron. La scène après la bataille:

Miam miam miam, je m'en lèche encore les doigts. Après une journé pareille, nous étions tous absolument vannés. Le vent, le soleil, le froid, la rando et le homard dans l'estomac, tout ça combiné nous a complètement abattus.

Dimanche matin, nous avons décidé de grimper le même Mont Cadillac par le chemin, pas par la route. Les infiltrations d'eau dans la roche forment de très jolies rivières de glace, élégant mais pas super pratique. J'ai réussi à ne me casser la margoulette qu'une fois, et sans me faire mal. Là encore, comment je vais survivre l'hiver, je me le demande bien.

En haut, c'est joli mais pas autant que dans le soleil couchant, donc on passe notre chemin. On se dirige vers un autre sommet, pas mal non plus mais rien d'exceptionnel. Le chemin n'est pas toujours super facile, avec des rochers à grimper ou à sauter, et de la glace pour ne pas faciliter la chose. Belle promenade ceci dit.

Puis, on va manger notre lunch sur une petite plage à côté du hameau de "Seal Harbor".

La plage est très jolie vue de loin, mais c'est de près qu'elle prend toute sa splendeur...

Vous ai-je dit que j'étais accompagnée de 4 biologistes? Des zoologistes même, ceux qui parcourent le monde à la recherche de petites bestioles, ou qui analysent l'ADN des oursins! Du coup, les rochers découverts par la marée avaient beaucoup plus d'attrait que le picnic pour certains, et nous avons tous été rapidement embarqués dans une exploration des petits animaux vivants dans les rochers.

Je n'ai pas pris de photo des concombres de mer, qui étaient plutôt moches et qui portent très bien leur nom, mais par contre les étoiles de mer étaient toutes très mimi. Pour indication de taille, vous pouvez regarder la taille des bigorneaux voisins: la première étoile, les pattes écartées, mesure environ 1 bigorneau, la deuxième 2 bigorneaux, et la troisième, eh bien je vous laisse l'évaluer:

Tous les rochers étaient recouverts de moules et de bigorneaux, avec de temps en temps un oursin, une étoile de mer, d'autres coquillages, une coquille St Jacques, des petits machins collés aux rochers et que nos amis biologistes ont récoltés également, et toutes les autres espèces que mon oeil non averti n'a même pas remarqué.

Bref cette exploration de plage nous a pris quasiment 2h, et nous a emmené jusqu'au coucher du soleil sur Seal Harbor.

Ouaaah que c'était joli. Et même pas trop froid sur la plage, peut-être même 5º quand le soleil était encore là, le luxe.

16h30, on reprend la route, et 5h plus tard on est de retour à la maison avec d'excellemts souvenirs et quelques courbatures dans la jambe gauche (ne me demandez pas pourquoi la droite est en pleine forme à côté).

Puis en rentrant à la maison dimanche soir, annonce surprise de mes colocs espagnols et danois Miguel et Lotte: ils ont trouvé l'appartement de leurs rêves, s'installent tous les deux et nous abandonnent dans 5 jours..... Hein, quoi? Eh oui, surprise, il faut trouver 2 autres colocs pour prendre le relais lundi (oui oui là celui qui vient). 24h plus tard on a trouvé un nouveau coloc, et 48h plus tard un deuxième. Ca chamboule un peu nos habitudes et on réduit la présence européenne de 100 à 60%, mais tout devrait bien se passer. Affaire à suivre...